Renouée du Japon et champignon Parasite du frêne

Je souhaite traiter deux sujets d’actualité en France d’un point de vue environnemental.

Le premier est celui la Renouée du Japon, plante considérée comme “invasive”.

Dans le livre Holistic management, Alan Savory explique que pour éradiquer une espèce dite invasive il faut favoriser les conditions qui empêchent son développement.

La Renouée du Japon est une plante régénérative des sols, elle dépollue les lisières des cours d’eau et des bords de routes des métaux lourds, de l’aluminium et des pesticides.

A l’heure actuelle, des chantiers d’éradication de la Renouée sont réalisés. On essaye de déraciner toutes les souches et on couvre le sol avec de grandes bâches afin de limiter son développement sur le court terme.

Une solution innovante et permacole serait de couvrir le sol grâce à la Renouée broyée et de la matière organique locale (orties, consoude,feuilles mortes) puis de planter des arbres pour accélérer la succession écologique et passer à un stade forestier. On augmente le taux de matière organique dans le sol, on favorise l’apparition de l’humus (terre noire que l’on observe sous les feuilles mortes en forêt) et des champignons qui sont dépolluants par nature.  On peut planter des arbustes à développement précoce et rapide (saule, sureau, noisetier) à raison de 4 pieds par m²  et de l’aulne, fixateur d’azote poussant en lisière de rivières. En densifiant et diversifiant la plantation, la Renouée ne trouvera plus les conditions idéales pour se développer.  Pourquoi ne pas essayer de retrouver le stade avancé d’une forêt en bord de rivière ? C’est pourtant là dans ces conditions là que l’être humain est apparu.

On peut aussi résoudre la vraie cause  qui est la pollution des rivières par les déchets que nous jetons en bord de routes, les pesticides et surtout les déchets industriels.

Et si elle est toujours là pour nous embêter, alors pourquoi pas l’utiliser comme nourriture,  fourrage, matériaux, ou bien énergie ? La renouée est classée très bon comestible dans l’Encyclopédie des plantes bio-indicatrices de Gérard Ducerf (Tome 1), qui met toutefois en garde quant au niveau de pollution de la station de cueillette. A titre d’information, on pourra lire quelques recettes sur cette page. La consommation régulière des jeunes pousses par le bétail semble avoir un impact non négligeable sur la renouée. A condition, pour ne pas déstabiliser les berges, qu’elle soit pratiquée à une distance respectable de la rivière.


Deuxième sujet à aborder, le champignon du frêne.

Image from The Food and Environment Research Agency

Les frênes de France sont attaqués par un champignon appelé Hymenoscyphus fraxineus . La mycoremédiation permet d’utiliser les champignons pour restaurer notre environnement. Paul Stamets expérimente des nouvelles méthodes de régénération avec sa structure Fungi Perfecti. Voici la réponse que j’ai reçu pour résoudre cette problématique.

“C’est une situation vraiment complexe, ce qui rend difficile à évaluer pour un certain nombre de raisons. Il est clair que l’on sait très peu de choses sur cette maladie et pourquoi elle affecte maintenant si rapidement différentes espèces de plantes. Le changement climatique modifie en fait la liste des espèces présentes dans le sol (http://voices.nationalgeographic.com/2015/07/08/the-foundations-of-our-forests/) et aurait pu être un déclencheur de la propagation récente de Hymenoscyphus fraxineus (Le nom a changé de Chalara fraxinea

L’enlèvement de ces plantes malades devrait être fait avec beaucoup de soin. Personnellement, je pense qu’il vaut mieux se débarrasser des membres sur place que de transporter l’agent pathogène vers un autre endroit qui pourrait ne pas être infecté. Le compostage ou le brûlage peut être la meilleure solution car ils ne répandront pas de spores. Vous pouvez également expérimenter avec l’utilisation des bûches / copeaux de bois comme substrat pour la culture des champignons. http://www.fungi.com/product-detail/product/turkey-tail-plug-spawn-approx-100-plugs.html http://www.fungi.com/product-detail/product/the-garden -giant-mushroom-patch.html Tout équipement utilisé devra être soigneusement nettoyé avant d’être retiré du site.

L’un des outils de restauration les plus précieux que nous ayons en tant que mycologues pour aider au rétablissement des écosystèmes est l’utilisation de champignons mycorhiziens. http://www.bbc.com/earth/story/20141111-plants-have-a-hidden-internet Dans certains cas, l’ajout de champignons mycorhiziens aux racines peut améliorer les facteurs de croissance des plantes et contribuer à la réponse immunitaire aux infections.
Le drainage mycorhizien du sol ou l’inoculation des racines des arbres à planter constitue une bonne première ligne de défense pour rétablir une forêt viable.

Une autre excellente ressource est “Mycelium Running” de Paul Stamets. Il existe un certain nombre d’espèces utilisées dans la mycoremédiation pour repousser les champignons parasites dans l’environnement (P. 46). Les espèces mentionnées pour concurrencer les champignons parasites sont; Sparrassis crispa (chou-fleur, SC), Hypholoma spp. et Trametes versicolor (polypore versicolore, TV). Paul décrit la création d’une barrière fongique médicinale / gastronomique pour empêcher l’apparition de la maladie. Les tests de Petri de Hymenoscyphus fraxineus en culture avec d’autres espèces telles que SC ou TV pourraient fournir un aperçu de cette solution fongique possible.”


La permaculture est une approche systémique qui nous permet de réfléchir avant d’agir afin de résoudre la cause du problème.

Les “mauvaises herbes” (adventices) au jardin sont les plantes les plus adaptés à pousser à ce moment là. Ce que vous voyez autour de vous (d’un point de vue philosophique), c’est le passé. Si vous l’arrachez(comme une plante), vous oubliez votre passé et il reviendra dans votre vie. Au contraire, si vous enlever les conditions pour que ce passé indésirable ressurgisse alors vous pourrez cultiver densément des légumes diversifiés (ahah je sais pas si vous me suivez!). Continuez à enrichir votre sol avec de la matière organique, pour bâtir cet humus (terre noire de forêt) si precieux. Ces plantes pionnières annuelles poussant à la lumière directe du soleil ne seront plus dans les conditions idéales pour germer et pour vous embêter.

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