Poulailler mobile !

J’ai bâti un poulailler mobile avec du bois de palettes de récup’ et des vis. J’ai acheté un grillage à poules pour quinze euros pour les côtés. Pour le toit, j’utilise une bâche plastique d’une serre-tunnel.  J’envisage de mettre une tôle en bac acier, mais le terrain est venteux, les poules ne souffrent pas de la chaleur.

Ce sont six poules de réformes (de plus de deux ans à 2€ la poulette) et le coq de Bresse de ma tante appelé “Pedro”. Ce tracteur à poules fait 3m40 sur 1m40. Je les déplace tous les jours autour des amandiers, pêchers , poiriers, cerisiers, pommiers, pruniers, noisetiers, nectarine, grenadier, cassis; groseilliers, gojis, pins, cèdres, lilas et saules du jardin forêt que j’ai implanté chez mes parents. Je peux les déplacer sur une vingtaine d’emplacements différents. L’herbe a le temps de repousser, le terrain est vite à nu sous les conifères.

J’utilise un sceau d’eau pour les abreuver, mais j’envisage de le fixer sur la structure.

Pour dormir, j’ai créé un hôtel deux étages avec des planches en récup. Elles tiennent tous à sept. Je les nourris avec un mélange de blé, sorgho et maïs. Je souhaite me procurer des petites graines de blés rachitiques, qui ne sont pas passés au tri d’un paysan boulanger bio. Le sac est à 5€ les 25kg, pour du bio c’est vraiment pas cher, et les poules préfèrent les graines plus petites.

Nous leur donnons un grand saladier de reste de cuisine chaque jour, avec des restes de riz, pain, lentilles, ou haricots. Toutes les épluchures des melons et pastèques que je récolte en ce moment au Jardin des Balmes (maraîchers d’Uniferme) dans les Monts du lyonnais sont gracieusement appréciés par nos amies réptiliennes ( et oui elles ressemblent quand même beaucoup à des dinosaures).

En tout cas elles semblent très heureuses, malgré un peu de chahut lorsque l’on déplace le poulailler (par encore de roulettes) surtout lorsque Pedro se met à monter une poulette juste à ce moment là. A deux c’est plus simple  surtout lorsqu’on est tonton dix fois, et qu’un enfant émerveillé vous aide.

Bilan des courses, 6 oeufs c’est possible, zéro aussi, tout dépend du stress et de la nourriture qu’elles auront ingéré dans la journée. En moyenne nous avons 2 ou 3 oeufs par jour, c’est suffisant pour qu’elles s’habitent et créent un nombre infini de synergie avec le lieu de vie.

Initiation à la permaculture le 8 et 9 septembre 2018 Ô Jardins d’Or

Suite à une superbe plantation d’arbres lors de la dernière formation en mars,  et la réalisation d’une platebande potagère en avril avec mon assistante préféré Violaine Herisson, je suis heureux de vous accueillir le 8 et 9 septembre 2018.

Retour d’une participante : “Benjamin est un passionné des arbres et a beaucoup de connaissances en permaculture. L’ambiance est très sympa et on applique directement les principes étudiés en cours dans le magnifique Ô Jardin d’or à côté! Belle énergie”

La structure de formation est inspirée de la Regrarians Platform® de Darren Doherty; designer de 2000 fermes dans le monde entier.

Module 1 : Samedi matin :

1. Climat : Historique de la permaculture et de l’agriculture regénérative, définition du projet, alimentation, santé, visite du jardin

Module 2 : Samedi après midi :

2. Geographie : Keyline Design, Lecture cartes topographique, Etude de terrain et de sols

3. Eau : Captage, purification, stockage, stratégies

Module 3 : Dimanche matin :

4. Accès : Construction d’une route, design des chemins, patterns

5. Agroforesterie : 7 strates de cultures, système animaliers, greffe, semis, boutures, marcottes, taillis, tétard

6. Bâtiment :Ossature bois, petits habitats fixes ou mobiles

Module 4 : Dimanche après midi :

7. Clotûres : Haies vivantes, cloture électrique, cloture fixe

8. Sol : Paturage tournant dynamique, engrais vert, potager mulché, engrais vert

9. Economie : Nouvelle forme d’économie, agriculture résiliente

10. Energie : Technologies appropriées, Rocket stove, bois énergie

Et bien d’autres sujets…

N’hésitez pas à me joindre au 06 31 34 49 58 ou par mail Barrbenjamin@protonmail.com

Le tarif conseillé pour la formation est de 90 euros(+ entre 1 euro d’adhésion à l’association Ô Jardins d’Or)!  Le tarif étudiant est à partir de 70 euros. Le tarif journée est à 45 euros, le module est à 25 euros. J’ai décidé de faire prix libre pour les personnes qui n’ont pas les moyens de faire la formation ou qui n’ose pas sauter le pas vers la permaculture. On rentre dans une relation où vous savez que l’argent que vous allez me donner sera utilisé de manière éthique et créative. Vous pouvez aussi payer en plusieurs fois.

Chacun ramène quelque chose à partager le midi (bio,local dans l’idéal!) Nous cueillerons ce que la nature nous offre. Les horaires sont de 8h45 à 18h30 pour les deux jours. Prévoyez des affaires de pluie au cas où, il y a des bottes au jardin pour les travaux pratiques, mais vous pouvez amener vos chaussures de jardin.

Par les transports : bus 22 ou 23 depuis la gare de Vaise, arrêt Eglise de Saint-Didier, puis marcher 50 mètres en direction de l’église, tourner à gauche et descendre le chemin des Roteaux (à gauche de Cerise et Potiron). Au bout de 100 mètres, tourner à droite rue du vieux bourg, 100 mètres tout droit, vous êtes arrivés sur la place Léonard Peyrat !

Créer une planche de culture

Le meilleur moyen de commencer un jardin est de déposer de la matière organique directement sur le sol, sans enlever l’herbe, bécher, ou retourner la terre. On peut éventuellement l’aérer grâce à une grelinette.

On déposera d’abord directement sur le sol des matières vertes azotés : tonte d’herbe verte, déchets alimentaires, compost, des branches d’arbres vertes, plantes vertes, sang, déchets animaux, fumier, excréments, de l’urine.

Ici nous avons déposé de l’humus (terreau) réalisé grâce à du broyat de bois décomposé, puis de l’herbe coupée.

  

Par-dessus cela, on déposera 2 voir 3 couches de cartons sans encre et sans scotch. On peut utiliser les cartons européens et éviter les cartons asiatiques, plus polluants. Les résidus de colle ou d’encre se décomposeront d’années en année grâce aux micro-organismes du sol. L’objectif est d’empêcher les herbes de pousser à travers le mulch, et de favoriser l’apparition de champignons décomposeurs (saprophytes). On arrose abondamment le carton.

Par-dessus le carton, on dépose des matières marrons carbonées : broyat de bois, paille, feuilles mortes sèches (de forêt éventuellement), papier, sciure. On peut utiliser du boyat de bois de résineux ou même des feuilles de noyer si on les laisse se décomposer dans un coin pour éliminer l’acidité ou la juglone du noyer. En se décomposant ces matières vont créer un terreau noir, l’humus qu’on retrouve sous les feuilles mortes en forêt.

Pour planter on utilise un couteau, un plantoir ou une petite pelle pour couper le carton. On peut semer un poquet de graines ou planter un plant avec un peu de compost dans l’idéal.

 

Alliance pour l’éthique sauvage

David Abram interviewé par Derrick Jensen

David Abram, Derrick Jensen

de Comment je vivrai ma vie?: Libérer la terre des civilisations, édité par Derrick Jensen, PM Press, 2008. (En juillet 2000, Derrick Jensen a mené une longue interview avec Abram, au Nouveau-Mexique. La publication des éditions de ce magazine, qui a changé le libellé de David sur de trop nombreux points, a été choisie par Abram pour ne pas les laisser publier. L’interview est finalement parue dans How Shall I Live My Life, en 2008) .

Derrick Jensen: Je voudrais commencer par deux questions qui pourraient en être une. Ce sont: Le monde naturel est-il vivant? Et deuxièmement, quelle est la magie?

David Abram : Y a-t-il vraiment quelque chose qui n’est pas vivant? Certes, nous sommes vivants, et si nous supposons que le monde naturel n’est pas vivant d’une certaine manière, cela ne peut être que parce que nous pensons que nous n’y participons pas pleinement.

En fait, il m’est difficile de conclure que tout phénomène que je perçois est totalement inerte et sans vie; ou même d’imaginer quelque chose qui n’est pas en quelque sorte vivant, qui n’a pas sa propre spontanéité, sa propre ouverture, sa propre créativité, sa propre animation intérieure, son propre pouls – bien que dans le cas du sol ou de ce rocher ici, son pouls peut se déplacer beaucoup plus lentement que le vôtre ou le mien.

Maintenant, votre autre question: qu’est-ce que la magie? Au sens le plus profond, la magie est une expérience. C’est l’expérience de se retrouver vivant dans un monde lui-même vivant. C’est l’expérience du contact et de la communication entre soi-même et quelque chose de profondément différent de soi: une hirondelle, une grenouille, une araignée qui tisse sa toile…

DJ: Un autre être humain.

DA: ça aussi. Sûr. La magie est cette étonnante expérience de contact et de convivialité entre moi et une autre forme d’existence, qu’il s’agisse d’une personne, d’un tremble ou d’un coup de vent. C’est ce sentiment d’émerveillement qui découle de la rencontre avec ce que je ne peux pas comprendre, avec quelque chose que je ne peux jamais complètement comprendre de mes pensées ou de ma compréhension. Beaucoup de mes expériences les plus intenses de magie ont été des rencontres dans la nature avec d’autres espèces, d’autres formes d’intelligence terrestre. De la réunion et de l’échange, on pourrait appeler la communication interspécifique.

DJ: Quand la plupart des gens pensent à la magie, ils pensent soit aux tours de passe-passe, soit aux sorts de sorciers. Y a-t-il une relation entre ces définitions et les vôtres?

DA: Hmmm … Je n’appellerais pas ce que j’ai dit une définition. Si vous essayez de définir quelque chose d’aussi indiscipliné et sauvage que la “magie”, vous demandez des problèmes. Mais ces autres notions plus limitées de la magie dépendent toujours de l’expérience d’un monde vivant: un magicien, en réalité, est celui qui est capable de participer richement à ce monde; qui peut communiquer avec les éléments, ou appeler un faucon sauvage hors du ciel – quelqu’un qui peut comprendre quelque chose de la langue des autres animaux, ou qui peut communiquer tranquillement avec certaines plantes et peut ainsi tirer parti des pouvoirs particuliers de certaines herbes pour guérir ou soulager la maladie.

La magie de la folie est un peu plus éloignée, mais elle dépend toujours de l’expérience animiste d’un monde vivant et conscient. Dans notre civilisation technologique moderne, le sentiment que le monde naturel est vivant est considéré comme une illusion ou une superstition. Nous concevons la nature – et même le monde matériel en général – comme un ensemble d’objets fondamentalement inertes ou mécaniques. Une telle conception influence profondément la façon dont nous voyons le monde qui nous entoure. Il ferme nos sens à l’étrangeté inépuisable et à l’altérité sauvage des choses qui nous entourent. Par exemple, lorsque nous parlons du comportement d’autres animaux comme étant simplement «programmés» dans leurs gènes, cela amortit notre oreille face au chant des oiseaux qui nous entoure. Parce que nous supposons que ces oiseaux ne disent rien; ce ne sont que des sons automatiques, “programmés” en quelque sorte. Ainsi, nos oreilles commencent à se fermer – nous devenons sourds aux voix vivantes tout autour de nous. Et nos yeux aussi commencent à se couvrir. Si nous parlons du monde comme d’un ensemble de processus mécaniquement déterminés, alors il n’y a pas vraiment d’étrangeté ou de mystère pour engager la curiosité de nos sens et nos sens commencent à se fermer et nous vivons de plus en plus dans nos têtes.

Le magicien de la fainéantise est celui qui peut surprendre les sens du sommeil induit par ces manières de parler obsolètes. En faisant disparaître une pièce de monnaie et en apparaissant sous votre pied, en transformant les couleurs d’un flotteur de pierre entre ses mains ou d’un foulard de soie, le magicien éveille cette vieille conscience animiste des objets vivants, anime des entités aux styles énigmatiques et secrets; il amène nos sens à réitérer l’étrangeté des choses.

C’était mon métier, ma profession pendant de nombreuses années. En tant que magicien travaillant à la fin du XXe siècle, j’avais le sentiment que ma tâche était de saper, de perturber, d’exploser les manières déterminantes et habituelles de percevoir dans une culture qui parle de la nature et la définit comme ensemble d’objets inertes, inanimés et déterminés. Un magicien habile et tourmenté est en train de faire trembler cette vision acceptée de la réalité jusqu’à ce qu’elle commence à se défaire; libérer nos sens animaux pour commencer à voir et à entendre et à goûter le monde de manière créative une fois de plus. Pour ce faire, je me sers de diverses «manipulations», ces petites manipulations de mes doigts que j’utilise pour attirer vos sens et les libérer de leurs attentes. Je dois rouler cette pièce autour de mes doigts suffisamment de fois pour qu’à un moment donné elle commence à s’animer et à danser. Ensuite, il peut commencer à changer de forme, disparaître de cette main et réapparaître ici.

Notre monde est tellement domestiqué, défini. Les gens ont appris à voir les choses de manière aussi conventionnelle et habituelle qu’ils ont cessé de voir ces choses du tout. Parce qu’ils savent toujours exactement ce qu’ils sont censés percevoir, ils ne perçoivent plus vraiment ce qu’il y a là. Ils voient plus un ensemble de concepts que le monde réel; ils ne participent pas avec leurs yeux à la vie ramifiée de ce peuplier, ni à la vie tourbillonnante de ces nuages ​​qui chevauchent cette montagne. Mais un tourbillon de magicien perturbe notre expérience attendue du visible afin que nous commencions à regarder à nouveau, à regarder et à regarder activement les choses, nos sens étant entraînés dans une sorte de dialogue silencieux avec les choses.

DJ La magie a donc beaucoup à voir avec la perception.

DA Absolument! Le magicien – qu’il soit un sorcier autochtone ou un magicien moderne – est quelqu’un qui est capable de modifier le champ perceptif, de changer les sens des autres ou de modifier ses propres sens pour entrer en contact avec une autre forme de la conscience, une autre entité qui perçoit le monde très différemment de nous – avec un coyote, peut-être, ou une grenouille. Ou une forêt entière, d’ailleurs.

On nous a appris à considérer la perception comme une sorte de processus à sens unique, par lequel les informations du monde extérieur sont captées par nos sens et transférées à notre système nerveux ici. Mais lorsque nous assistons vraiment à l’expérience de la perception, nous découvrons que c’est un processus réciproque et interactif – une interaction ou une participation dynamique entre soi et ce que l’on perçoit. Pour notre propre corps animal, les choses ne sont pas passives. Nous marchons dans la rue et un bâtiment particulier, ou une feuille ou une pierre, attire activement mon attention.

DJ: Il attire votre attention.

DA: Cela appelle mes yeux ou capte mon attention. Et ainsi je suis entraîné dans une relation avec cet autre corps, cet autre être. Et plus j’entre dans cette relation – plus je lui accorde mon attention – peut-être en allant vers cette pierre, en la ramassant et en la soulevant dans mes mains, en sentant ses textures avec mes doigts, plus cette roche parle à mon corps, et commence à m’enseigner.

DJ: Qu’est-ce qui motive votre écriture et votre parole?

DA: Mon travail est en grande partie motivé par mon sentiment de perte, par la destruction et la profanation de la beauté terrestre. Par la perte accélérée d’autres espèces – l’extinction de tant d’autres styles de sensibilité et de sensibilité, par la destruction des zones humides et des forêts, le barrage et le drainage de tant de rivières pour servir nos propres intérêts purement humains. J’essaie de comprendre comment il est possible qu’une culture de créatures intelligentes comme nous puisse détruire si imprudemment et si négligemment tant de choses mystérieuses et vivantes, et en même temps détruire autant de nous-mêmes et notre propre capacité d’émerveillement.

Et il me semble que ce n’est pas par méchanceté que nous détruisons une grande partie de notre monde. C’est simplement que nous ne remarquons plus ces autres êtres, ne remarquons plus vraiment ni ne sentons que nous faisons partie du même monde que les corbeaux et les rivières. Nous ne sentons pas que nous sommes dans la même histoire dans laquelle les écureuils et le saumon sont des personnages. D’une manière ou d’une autre, nos manières de parler et nos modes de vie perpétuent cette notion étrange que nous nous tenons à l’extérieur du monde, en dehors du monde, en le regardant comme si nous le regardions de loin. Et notre science essaie constamment de comprendre le monde, de proposer un schéma précis de la façon dont tout cela fonctionne – comme si le monde était une vaste machine, nous pourrions en quelque sorte schématiser et contrôler si nous pouvions simplement avoir la bonne perspective.

Logiquement, cependant, tout cela est un peu idiot. Nous sommes évidemment immergés dans ce monde, qui en dépend totalement, nos systèmes nerveux ont évolué en interaction délicate avec tous ces autres êtres, formes et textures. Plutôt que de déterminer le fonctionnement de cette machine de l’extérieur, dans l’espoir d’essayer de la concevoir pour répondre à nos besoins, il serait beaucoup plus logique que nos sciences étudient le monde depuis notre espace expérimenté – utilisant nos expériences pour discerner Comment pouvons-nous établir une relation plus durable avec une espèce particulière, avec une zone humide ou une forêt en particulier, plutôt que d’essayer de comprendre comment cette espèce ou cette zone humide fonctionne, comme si nous ne participions pas à ses processus. Voilà le genre de questions que nos sciences devraient poser: comment nous et ces grenouilles peuvent-elles s’épanouir dans une relation juste les unes avec les autres; Comment pouvons-nous les humains vivre en relation avec cette vallée afin que nous et la rivière et le saumon puissent prospérer – plutôt que: quelle machine est un saumon en soi ou quels sont les mécanismes qui font que cette forêt ? En posant ces dernières questions, nous nous sortons du rapport à la forêt, par rapport au saumon, afin de comprendre leur fonctionnement. Je suppose que ce serait bien si nous nous retrouvions ensuite dans une relation vivante avec ces êtres. Mais nous ne le faisons pas! Au lieu de cela, nous commençons à nous concentrer sur la façon de manipuler la forêt, de concevoir le génome du saumon pour notre propre bénéfice évident. Tant de recherches, aujourd’hui, semblent moins motivées par un sentiment d’émerveillement que par une grande volonté de contrôle. Je pense que c’est une marque d’immaturité, un signe que la science est encore à l’adolescence. Une science naturelle plus mûre – la science à venir – sera davantage motivée par le souhait d’une relation plus riche, d’une plus grande réciprocité avec le monde que nous étudions.

Mais peut-être y a-t-il aujourd’hui des signes d’une science aussi mature – par exemple, l’émergence et le développement de la biologie de la conservation ou l’empathie de certains biologistes de terrain pour les animaux et les plantes qu’ils étudient – de l’indétermination, et du “chaos”, en tant que principe qui mine toutes nos tentatives de comprendre le monde de l’extérieur.

Dans notre culture, nous parlons beaucoup de la nature. Les cultures matures parlent à la nature. Ils sentent le reste de la nature leur parler. Ils sentent le sol où ils se tiennent tout en parlant à travers eux. Ils se sentent à l’intérieur et font partie d’une histoire vaste et en constante évolution dans laquelle les nuages ​​d’orage et les araignées sont autant de joueurs qu’ils le sont. Donc, quelle est la partie de mon travail: comment amener les gens à travers le monde, comment éveiller leurs sens afin qu’ils reconnaissent qu’ils sont vraiment plongés dans ce monde respirant, pas des spectateurs mais des participants actifs dans ce monde curieux.

DJ: Il y a quelques minutes, vous suggérez que la perception elle-même est une chose participative.

DA: Quand nous parlons du monde comme d’un ensemble d’objets ou de mécanismes qui attendent d’être compris par nous, nous disons implicitement que le monde n’a rien, en principe, caché de nous, avec suffisamment de temps et de recherche. nous pourrions sonder tout le shebang et savoir comment tout cela fonctionne. C’est le truc de Dieu – l’idée que nous pouvons comprendre le monde de l’extérieur, du point de vue de Dieu. Mais lorsque nous faisons attention à notre expérience réelle des choses et du monde, nous réalisons que nous ne rencontrons jamais la totalité de tout à la fois. Il y a toujours un aspect de ce que nous rencontrons qui nous est caché: l’autre côté de cet arbre, ou ses racines sous le sol. Ce sont ces aspects cachés, ces mystères ou ces incertitudes, qui nous invitent à aller plus loin, à nous rapprocher, à participer à ce que nous rencontrons. La perception est une sorte de danse improvisée avec le monde, une interaction dynamique entre mon corps sensible et le paysage sensuel. Être simplement en train de regarder le ciel bleu ou de regarder ces nuages ​​d’orage s’apparenterait déjà à être en relation, à participer à un échange actif entre mon corps et ces nuages ​​rugissants. Mais si je parle des nuages ​​ou de la météo comme un ensemble purement mécanique et quantifiable de processus, alors je parle d’eux comme de choses qui n’ont pas de vie propre, pas d’altérité, rien de vraiment caché de notre conscience et je étouffer la possibilité d’une relation continue avec ces nuages ​​d’orage – c’est-à-dire que je cesse de les voir. Je ne remarque plus vraiment le ciel avec tous ses motifs changeants. Dans la mesure où nous parlons du monde comme d’un ensemble d’objets, nous cessons de voir avec nos yeux et d’entendre avec nos oreilles. Nous étouffons la réciprocité spontanée entre nos sens corporels et le cosmos sensuel. Nous montons dans nos têtes et commençons à vivre dans un monde d’abstractions.

Si nous voulons réellement commencer à remarquer où nous sommes, si nous souhaitons nous retrouver dans une relation plus respectueuse avec le reste de la terre autour de nous, la manière la plus simple et la plus élégante que je connaisse est simplement de cesser d’ insulter tout ce qui nous entoure. en parlant d’eux comme des objets passifs, et au lieu de commencer à permettre aux choses leur propre spontanéité élémentaire, leur propre agence active – leur propre vie. Dès que vous commencez à parler de cette façon, vous commencez à remarquer des choses beaucoup plus. Vous vous retrouvez soudain dans une relation dynamique avec toutes les présences autour de vous – avec l’air que vous respirez, la chaise sur laquelle vous êtes assis, la maison dans laquelle vous vivez. Vous vous trouvez à négocier des relations avec d’autres êtres tout le temps. Et vous réalisez que l’éthique n’est pas quelque chose qui ne doit pas être pratiquée uniquement avec d’autres humains – que toutes nos actions ont des conséquences éthiques.

DJ: Vous avez dit une chaise. Lorsque vous parlez de choses vivantes, vous ne parlez pas seulement des roches, du saumon, des nuages, du vent. . .

DA: Je parle aussi des poteaux téléphoniques, des maisons. . . .

DJ: Donc, vous pensez que ce magnétophone doit être mis en relation avec – ou plutôt comme quelque chose avec lequel nous sommes déjà en relation, si nous le remarquons et le reconnaissons?

DA: Bien sûr. Un magnétophone peut être considéré comme ayant sa propre existence. Parler de quelque chose d’inanimé est un peu irrespectueux. C’est insultant pour la chose. Pourquoi le faire? Cela m’empêche d’écouter ce que cette chose pourrait vouloir dans le monde, à quoi cet objet, cette présence pourrait me demander. Je ne vois aucune utilité à faire une division conceptuelle entre ce qui est animé d’une part et ce qui est inanimé de l’autre. Et je ne connais aucune culture saine qui fasse une telle division entre la matière animée et la matière inanimée.

Souvent, en discutant de ces notions, les gens diront: «Bien, bien sûr, les humains sont vivants. D’autres animaux, bon, je peux avoir ça – les créatures ont leur propre vie, bien sûr. Et même les plantes, je comprends qu’elles sont vivantes. Mais des pierres? Roches? Matière? En aucune façon! La matière dont est faite cette table ou cette chaise? Tu vas me dire que c’est vivant? Je ne peux pas y aller – oublie ça! – C’est juste de la matière inanimée. “

Les gens veulent toujours tracer la ligne quelque part. Mais vous voyez, cela dessine le problème du tout: l’idée qu’au fond la matière est inerte ou inanimée. Le mot “matière”, si vous écoutez avec les oreilles de votre animal, est fondamentalement le mot “mater”, ou mère. Il vient de la même racine indo-européenne que le mot “matrice”, qui est latin pour “utérus”.

Nous portons tous en nous une conscience ancestrale et ancestrale de la matière en tant que matrice de toutes choses, un sens que la matière est vivante à travers. Mais parler de matière comme inanimée, c’est penser la mère comme inanimée, laisser entendre que le côté féminin et terrestre des choses est inerte, n’est qu’un objet. Si nous voulons vraiment jeter un singe dans les rouages ​​du patriarcat, alors nous devrions cesser de parler comme si la matière était d’une manière ou d’une autre, inanimée ou inerte.

Chaque culture autochtone autochtone que nous connaissons – chaque culture qui a réussi à se maintenir au cours de plusieurs siècles sans détruire la terre qui la soutient – refuse tout simplement de faire une telle distinction entre matière animée et matière inanimée.

Si nous parlons de matière essentiellement inanimée ou inerte, nous établissons la nécessité d’une hiérarchie graduelle des êtres: les pierres n’ont ni agence ni expérience; les bactéries ont un degré de vie minimal; les plantes ont un peu plus de vie, avec un degré de sensibilité rudimentaire; Les animaux “inférieurs” sont plus sensibles, mais restent coincés dans leurs instincts; Les animaux “supérieurs” sont plus conscients; tandis que les humains seuls sont vraiment éveillés et intelligents. De cette manière, nous isolons continuellement la conscience humaine au-dessus et en dehors du monde sensuel. Cela nous éloigne de tout ce qui nous entoure. Si, cependant, nous supposons que la matière est vivante et auto-organisée dès le départ, alors les hiérarchies disparaissent et nous nous retrouvons avec un champ d’êtres animés très différenciés, chacun ayant ses dons par rapport aux autres. Et nous ne nous trouvons pas au-dessus, mais au cœur même de cette toile, notre propre sensibilité fait partie intégrante du paysage sensuel.

En ce qui concerne certains artefacts humains, en particulier les objets produits en série, il est difficile de toucher et de ressentir la vie unique de cette présence. Pourtant, on peut trouver cette vie palpitante, plus facilement, dans les matériaux dont cet artefact est fabriqué. Dans le bois du poteau téléphonique qui se trouvait autrefois dans une forêt, dans les briques d’argile de l’immeuble, même dans l’alliage de métal lisse de la porte du camion sur laquelle vous vous appuyez – là-bas, dans les métaux extraits des os à l’origine de la terre qui respire, on peut encore ressentir la présence de modèles qui sont nés de la terre et qui portent encore quelque chose de cette vie plus large. Mais si je regarde le camion uniquement comme un camion, ce que je vois n’est pas quelque chose qui est né, mais quelque chose qui est fait. Et il y a sûrement une distinction importante entre le et le fait. Mais même avec cette distinction, les objets fabriqués sont toujours fabriqués à partir de la matière, de la chair d’un cosmos vivant.

DJ: Comment convaincre un sceptique qu’une rivière ou une montagne est vivante?

DA: En fait, Derrick, je ne suis pas intéressé à convaincre quiconque que cela est vrai dans un sens objectif et littéral. Car il me semble que la vision littérale du monde fait souvent partie du problème. Je n’essaie pas de convaincre les gens de remplacer une vision de ce qui est littéralement le cas par une autre vision de ce qui est absolument vrai. Non.

Je sais toutefois que nous ne pouvons pas changer notre façon de vivre, notre façon d’interagir avec le monde sans changer notre façon de parler. Nous parlons actuellement du monde de manière très loufoque qui nous en distingue, et nous donne l’impression d’être à l’extérieur, et donc de pouvoir le contrôler, le maîtriser, le manipuler. Il y a d’autres façons de parler qui nous maintiennent dans une relation très différente avec le monde. Je ne pense pas que ces manières de parler soient “vraies” dans un sens totalement objectif. Je pense qu’ils ne sont que des stratégies différentes pour parler, différentes manières de manier nos mots. Et il me semble qu’une stratégie nous amène à un mode de vie plus riche, à une plus grande réciprocité avec la terre qui nous entoure et avec la myriade d’êtres qui composent cette terre.

Il s’agit d’une notion de la vérité très différente de celle qui règne actuellement dans la science conventionnelle et qui essaie toujours de comprendre la «vérité» du fonctionnement de la nature. Il me semble qu’une compréhension plus féconde de la vérité Demandez-nous comment nous pouvons vivre en relation avec cette forêt tropicale, de sorte que ni nous ni la forêt tropicale ne souffrent. Si nous allons étudier les baleines à bosse, comment pouvons-nous, en tant que communauté humaine et en tant que communauté de baleines à bosse, s’épanouir en tant que parties du même monde? Je ne suis pas intéressé par les questions suivantes: qu’est-ce qu’une baleine à bosse? Comment ça marche? Quels sont ses mécanismes? Même poser ces questions suppose que je suis autre chose qu’un animal – que je suis une sorte de mental sans corps, un pur spectateur de la nature, plutôt qu’un participant.

Donc, il y a ce problème avec une grande partie de ce dont nous avons parlé. Au sein de notre civilisation technologique contemporaine, il est facile de dire “cette roche est vivante, cet arbre est conscient et éveillé”. C’est trop facile, car il est si simple de traduire cela en une vue objective et littérale du monde. , et à croire: “oh, il est littéralement vivant et conscient et éveillé.” Cela me semble trop comme une perpétuation de notre façon de parler actuelle, qui utilise le langage pour dominer le monde, plutôt que de prendre contact avec le monde qui nous entoure, toucher les choses et les sentir nous toucher, répondre aux choses. À cet étrange moment culturel en Occident, notre façon de manier les mots est encore plus problématique que le contenu de ces mots. Bien sûr, lorsque nous parlons du monde qui nous entoure simplement comme un ensemble d’objets, c’est un problème. Mais plus encore, lorsque nous parlons, nous parlons comme si rien n’écoutait. Nous parlons comme si aucun de ces êtres ne pouvait entendre ce qui se disait ou pouvait être influencé par notre parole.

DJ: Comme si rien n’écoutait. . .

DA:   Oui. Pas dans le sens où les oiseaux ou les arbres pourraient comprendre les définitions du dictionnaire de nos mots. Je veux dire, aucune des créatures par ici – les coyotes et les corbeaux et les pies – ne connaît la signification dénotative des mots que je dis, mais ils peuvent néanmoins entendre la tonalité dans notre discours. Ils ressentent le rythme dans nos paroles. Ils peuvent entendre la musique et la mélodie dans notre conversation. Et dans ce sens, une partie du sens se retrouve. Pourtant, nous parlons comme si rien d’autre n’entend, comme si nous ne devions pas faire attention à la façon dont nous parlons de ces autres êtres. Nous aimons supposer que la langue est une propriété purement humaine, notre possession exclusive, et que tout le reste est fondamentalement muet.

Mais ce que je suggère, c’est que ceux d’entre nous qui travaillent pour soigner ou réparer la fracture entre l’humanité et la terre plus que humaine devraient accorder plus d’attention à la façon dont nous parlons, . Si vous savez déjà que vous faites entièrement partie de ce monde sauvage, si vous êtes déjà entré, de temps en temps, dans une réciprocité profondément ressentie avec une autre espèce, ou si vous avez goûté à une parenté et à une solidarité profondes , encore: il n’est pas facile, aujourd’hui, de trouver une façon de parler qui ne viole pas cette expérience, cela ne vous arrache pas à ce rapport ressenti. Il est vraiment difficile de faire circuler vos phrases d’une manière qui invoque et encourage cette réciprocité, ou même le permet. Notre civilisation maîtrise parfaitement nos plus beaux mots pour en faire des slogans pour une réalité basée sur les produits de base. Nos habitudes de parole ont co-évolué avec une relation violente avec le monde pendant tant de siècles, qu’on ne peut pas en sortir très facilement.

Étant donné le pouvoir de cette culture délirante de coopter le meilleur de nos termes, je pense que ce qui est plus important que le contenu de ce que nous disons, c’est le style de notre parole, la forme de notre parole, le rythme de notre rap. D’une manière ou d’une autre, la musique et la texture de notre langage doivent porter le sens, correspondant à la signification de chaque point. Notre intention la plus profonde se fait sentir dans la cadence, le rythme et la mélodie de notre discours. En fait, si nous ne sommes pas des esprits désincarnés qui planent à l’extérieur du monde, mais sont des animaux sensibles et sensibles – des êtres corporels immergés de manière palpable dans le corps respiratoire du monde – le langage est avant tout une chose expressive, les sons les appels du corps vers d’autres corps, que ce soit vers la lune, les oies qui klaxonnent ou vers une autre personne. C’est vraiment une sorte de chant, n’est-ce pas? Même le discours le plus élevé et abstrait est encore une sorte de chanson, une façon de chanter le monde. C’est peut-être une chanson vraiment moche – une chanson qui est terriblement insultante pour beaucoup des êtres qui l’entendent, une chanson qui grince les oreilles des hiboux et fait grimacer les coyotes – mais c’est toujours une chanson. Et ceux d’entre nous qui travaillent à transformer les choses, nous essayons de changer la mélodie, de déplacer quelques-uns des motifs dans la langue.  

En un sens, nous devons tous devenir des poètes. Je ne veux pas dire que nous devrions écrire des poèmes pour des anthologies de poésie – non, plutôt que notre langage quotidien doit toucher les personnes aussi bien que mentalement. Nous devons remarquer la musique dans notre discours et veiller à ce que la musique y soit un peu belle, de sorte que nous ne parlions pas seulement comme esprits désincarnés à d’autres esprits abstraits, mais comme des créatures sensuelles et sensibles s’adressant à d’autres créatures sensuelles. de sorte que nos corps animaux sont agités et sont amenés dans la conversation, et que les autres animaux ne soient pas non plus exclus. Nous sentons leur présence à proximité et nous prenons soin de ne pas violer notre solidarité avec les animaux et la terre animée.

DJ: Quand j’écris, je ne veux pas que quelqu’un dise, quelle bonne idée. Je veux qu’ils éclatent en sanglots ou s’agitent: avoir une réponse corporelle.

DA: Euh-huh. Lorsque j’écris, j’ai parfois l’impression d’être au service de la vie de la langue elle-même. J’écris peut-être pour rajeunir cette vie, pour l’ouvrir à la vie plus large de la terre, afin de pouvoir en tirer parti. Je travaille à redonner un sens au terrain plus qu’humain, où tous nos mots sont enracinés en premier lieu. Je pense que je ne pense pas vraiment que la langue, ou un discours significatif, soit une chose particulièrement humaine – il me semble que la langue est un pouvoir de la terre, auquel nous avons la chance de participer.

Alors je suppose que pour moi, la question n’est pas vraiment: “Le monde est-il vivant?”, Mais plutôt “Comment est-il vivant? Comment cette vie nous frappe-t-elle? Comment pouvons-nous le laisser chanter à travers nous? “

DJ: Si les cultures indigènes traditionnelles parlent du monde comme animé et vivant, et si, comme vous l’avez suggéré, notre expérience la plus immédiate et la plus spontanée du monde est intrinsèquement animiste, révélant une nature tout vivante, éveillée et consciente – alors comment avons-nous jamais perdu cette expérience? Comment l’humanité civilisée a-t-elle perdu ce sens participatif de la réciprocité avec un monde vivant? Comment nous sommes-nous arrachés du monde?

DA: Beaucoup de facteurs. Règlement. Le développement de l’agriculture à grande échelle, qui a nécessité l’escrime dans la nature. L’émergence de surplus agricoles, qui ont souvent conduit à des formes hiérarchiques de contrôle et de répartition de ces excédents. Urbanisation. Nouvelles technologies. Mais je pense aussi que cela a beaucoup à voir avec l’une des plus anciennes et des plus puissantes de nos technologies: l’écriture. Et en particulier l’alphabet.

Mais pour comprendre pourquoi, il faut reconnaître que l’expérience animiste n’est pas simplement un sentiment que tout est vivant, mais aussi une prise de conscience que tout parle, que tout au moins potentiellement est expressif. Les preuves suggèrent qu’il s’agit d’une base pour l’organisme humain, une expérience commune à tous nos ancêtres autochtones. Pour la plupart d’entre nous aujourd’hui, cela semble être une expérience extraordinaire et inhabituelle, mais en fait, cela ne pourrait pas être plus ordinaire et plus normal. La manière humaine normale de rencontrer le monde et les choses qui nous entourent est de sentir qu’ils nous rencontrent aussi et qu’ils s’expérimentent, et de sentir aussi que les choses se parlent, et parfois à nous. – pas dans les mots, mais dans le bruissement de la permission s. . . .

DJ:. . . qui sont très probablement des mots d’arbre. Il y a environ un an, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de différence entre parler et parler des arbres. Nous utilisons tous les deux le vent, ou peut-être que le vent nous utilise. Le vent passe sur les cordes vocales et le vent passe sur les feuilles.

DA: Bien sûr. La langue n’est que le vent qui souffle à travers nous.

DJ: Je nous ai emmenés dans une ruelle. Tu disais. . . .

DA: Que tout parle. Le hurlement d’un loup, les rythmes du cricketsong, mais aussi le discours éclaboussant des vagues sur la plage. Et bien sûr, comme nous le suggérions tous les deux, le vent dans les saules. Pour les populations autochtones, il existe de nombreux types de discours. De nombreuses manières de donner un sens au monde. Mais si c’est notre façon humaine normale d’expérimenter le monde, comment l’aurions-nous jamais perdu? Comment aurions-nous pu sortir de ce champ expressif et animé dans ce monde fondamentalement muet que nous semblons connaître aujourd’hui, où le soleil et la lune ne nous envoient plus de salutations, mais traversent aveuglément le ciel dans des trajectoires déterminées? nous ne sentons plus que nous nous levons avant l’aube pour prier le soleil du sol?

Comment est-ce arrivé?

Je pense que l’un des facteurs qui a été trop facilement négligé jusqu’à présent est l’influence étonnante de l’écriture. Toutes les cultures véritablement animistes que nous connaissions – que nous parlions du peuple haïda de la côte nord-ouest ou des Hopi du désert du sud-ouest, que nous consultions les Huaorani du bassin amazonien, ou les Pintupi ou Pitjanjara d’Australie – sont des cultures orales , cultures qui se sont développées et ont prospéré en l’absence de tout système d’écriture hautement formalisé. En d’autres termes, les cultures animistes sont des cultures orales. Et nous devrions nous demander: qu’est-ce que l’écriture fait à notre expérience animiste du monde?

Je dirais que l’écriture est elle-même une nouvelle forme d’animisme, une sorte de magie à part entière. L’écriture utilise la même tendance animiste qui a conduit nos ancêtres à vivre le monde environnant comme vivant et à se sentir parlé par un oiseau ou un nuage. Apprendre à lire, c’est entrer dans une intense participation sensorielle avec les lettres de la page. Je me concentre si attentivement sur ces égratignures écrites que les lettres elles-mêmes commencent à me parler. Tout à coup, comme nous le disons, “je vois ce que ça dit”. Les mots écrits “disent” quelque chose, ils me parlent.

En effet, c’est ce qu’est la lecture. Nous descendons le matin, nous ouvrons le journal et nous concentrons nos yeux sur ces petits bouts d’encre sur la page, et soudain nous entendons des voix! Nous nous sentons adressés, parlé à! Nous voyons des visions, des événements se déroulant à d’autres moments et dans d’autres lieux! C’est magique. Ce n’est pas si différent d’un aîné Hopi qui marche en dehors du pueblo; il trouve son attention attirée par un gros rocher au bord de la mesa, concentre ses yeux sur une tache de lichen qui se répand sur le flanc de ce rocher et entend soudain le rocher lui parler! Ou une femme Kayapo qui, en se promenant dans la forêt, remarque une araignée qui tisse sa toile complexe et, alors qu’elle concentre ses yeux sur cette araignée, elle entend brusquement la réponse de l’araignée. Comme d’autres animaux, plantes et même des rivières «inanimées» ont déjà parlé à nos ancêtres oraux, les lettres inertes sur la page nous parlent maintenant! Il s’agit d’une forme d’animisme que nous tenons pour acquis, mais c’est tout de même l’animisme – aussi scandaleux qu’une araignée qui parle.

La différence, bien sûr, est que maintenant, seules nos marques humaines nous parlent. Nous sommes entrés dans une participation profondément animiste avec nos propres signes, une interaction concentrée qui court-circuite la participation plus spontanée entre nos sens et l’environnement sensoriel. Les signes écrits ont usurpé le pouvoir expressif qui résidait jadis dans l’ensemble du paysage sensuel: ce que nous faisons maintenant avec les lettres imprimées sur la page, nos ancêtres oraux ont fait des feuilles de tremble et des pierres, des traces de cerfs, de wapitis et de loups. avec la lune cycliste et les nuages ​​de tempête.

Nos signes écrits ont un énorme pouvoir sur nous. Ce n’est certainement pas par hasard que le mot «épeler» a ce double sens: arranger les lettres d’un mot dans le bon ordre, ou lancer un sortilège, car apprendre à lire et à écrire avec cette nouvelle technologie était bien apprendre une nouvelle magie, pour entrer dans un monde nouveau et profond, pour lancer une sorte de sortilège sur nos propres sens. Nos propres signes écrits parlent maintenant si puissamment qu’ils ont éclipsé toutes les autres formes de participation auxquelles nous participions. Et bien sûr, ce ne sont plus seulement nos signes écrits, mais nos écrans de télévision et nos ordinateurs et nos voitures qui nous transportent dans une sorte de transe éblouie. L’alphabet est la mère de l’invention, l’inventeur de toutes nos technologies occidentales. Il semble que nous devions d’abord tomber sous le charme de l’alphabet avant de pouvoir entrer dans cette fièvre d’invention technologique.

Je ne veux pas parler de technologie, mais dire que nombre de ces technologies très complexes n’ont pu émerger que de l’esprit alphabétique. Mais je ne veux pas non plus rabaisser l’alphabet ici – je suis un écrivain, après tout – je ne dis pas que l’alphabet est quelque chose de mauvais, pas du tout. Ce que j’essaie de dire, c’est que l’alphabet est magique – c’est une forme de magie très concentrée et que, comme toutes les magies, il doit être utilisé avec beaucoup de soin. Lorsque nous prenons cela pour acquis, lorsque nous ne remarquons pas sa puissance, nous avons tendance à tomber sous son charme.

Ainsi, alors que nos ancêtres indigènes dialoguent en abondance avec le champ naturel environnant, consultent les autres animaux et les éléments terrestres dans leur vie, l’émergence de l’écriture alphabétique nous a permis de commencer à dialoguer uniquement avec nos propres signes. isolement du reste de la nature. En court-circuitant la réciprocité ancestrale entre nos corps sensibles et la chair sensuelle du monde, la nouvelle participation avec nos propres signes écrits a permis au langage humain de se replier sur lui-même, ce qui a permis au langage de commencer à apparaître né de notre rencontre avec d’autres êtres expressifs – du discours du tonnerre et des rivières qui se précipitent. Nous ne sentons plus que la langue nous a été enseignée par les sons et les gestes des autres animaux, ou par le rugissement du vent qui traverse les arbres. Le langage semble maintenant un pouvoir purement humain, quelque chose qui ne se déploie qu’entre les humains ou entre nous et nos propres signes écrits. Le reste du paysage perd sa voix; il commence à tomber muet. Il ne semble plus rempli de ses multiples significations, de son propre pouvoir expressif.

Je regarde maintenant la nature de l’intérieur de ma sphère intérieure privilégiée de la subjectivité mentale, mais cette subjectivité n’est pas partagée par les coyotes, les hirondelles ou les saumons. Ils semblent maintenant habiter un autre monde – un monde purement extérieur et objectif. Ils font juste leur propre chose automatiquement. Créativité, imagination – pour beaucoup d’entre nous, ces traits semblent être purement humains. Nous pensons que l’esprit est une chose purement humaine et qu’il réside dans nos crânes individuels. Vous avez votre esprit et j’ai ma tête; nous avons ce sens que l’esprit est quelque chose qui est le nôtre – ce n’est plus un mystère qui imprègne le paysage. Nous le possédons.

DJ: Pourquoi ne pouvons-nous pas engager notre propre écriture et toujours nous engager dans un monde naturel animé?

DA: On peut! La parole écrite ne nécessitait pas que nous rompions notre participation sensorielle avec d’autres êtres: cela nous permet simplement de le faire. Il n’est pas nécessaire que la terre nous devienne superflue ou que nous ne prêtions plus beaucoup d’attention au monde plus qu’humain. Mais nous n’avons plus besoin d’interagir avec la terre pour rappeler toutes les histoires qui se déroulent dans ces vallées, nous n’avons plus besoin de rencontrer les coyotes et de dialoguer avec les corbeaux afin de nous souvenir de toutes les connaissances Contes de corbeau, parce que maintenant tout ce savoir a été écrit, conservé sur la page. Une fois la langue portée dans les livres, elle ne doit plus être transportée par la terre et nous n’avons plus besoin de consulter la terre intelligente pour penser clairement. Pour la première fois, nous n’avons plus besoin de parler aux montagnes et au vent, ni d’honorer la vie de la terre avec des prières et des propitiations, car toutes nos idées recueillies de manière ancestrale sont conservées sur la page.

La parole écrite n’était donc pas une cause suffisante de notre oubli, comme nous disons les philosophes, mais c’était une cause nécessaire, un ingrédient nécessaire de notre oubli.

DJ: Cela me rappelle quelque chose que John A. Livingston a écrit dans The Fallacy of Wildlife Conservation. Il dit qu’une fois que nous réduisons notre contribution à tout ce qui est médié par les humains, nous sommes essentiellement dans une chambre d’écho et nous commençons à halluciner. Nous sommes sensoriellement privés, car nous n’obtenons pas la variété de stimulation sensorielle dont nous avons besoin. Son argument est qu’une grande partie de notre idéologie, une grande partie de notre discours, est une hallucination folle, délirante, basée sur le fait que nous nous sommes mis en isolement cellulaire.

DA: Je pense que je partage une intuition similaire, que je pourrais mettre un peu différemment. Nos sens ont évolué avec l’ensemble du monde sensuel, avec toutes ces formes et formes sensibles, tous ces autres styles de vie. Notre système nerveux a émergé dans la réciprocité avec toute cette riche altérité, en relation et en réciprocité avec les colibris et les rivières et les grenouilles, avec les montagnes et les rivières, avec une terre vivante et animée qui nous parlait dans une multiplicité de voix. Je veux dire que l’intelligence humaine a évolué au cours des innombrables millénaires où nous vivions en tant que cueilleurs et chasseurs et que notre intelligence a évolué dans un contexte profondément animiste, où chaque phénomène que nous avons rencontré pourrait nous amener à entrer en relation. Pourtant, soudainement, nous nous retrouvons coupés de toute cette gamme de relations, nées dans un monde dans lequel aucun de ces êtres n’est reconnu comme étant réellement sensible ou conscient. Nous nous trouvons brusquement dans un monde qui a été défini comme un ensemble d’objets et de processus mécaniques inertes ou déterminés, plutôt que comme une communauté de pouvoirs animés avec lesquels on pourrait entrer en relation. Une relation dynamique ou vivante n’est tout simplement pas possible avec un objet.

Aujourd’hui, les seules choses avec lesquelles vous pouvez entrer en relation sont les autres humains. Pourtant, le système nerveux humain a encore besoin de la nourriture obtenue grâce à la réciprocité avec toutes ces autres formes de sensibilité et de sensibilité. Et donc nous nous tournons les uns vers les autres, vers nos amis humains et nos amants, dans l’espoir de répondre à ce besoin. Nous nous tournons vers nos partenaires humains en exigeant une profondeur et une gamme d’altérité qu’ils ne peuvent probablement pas fournir. Un autre humain ne peut pas fournir toute la nourriture outrageusement diversifiée et vitale que nous avions auparavant en relation avec les libellules et les hirondelles, les pierres, les lichens et les tortues. C’est juste impossible. Nous entretenions des relations personnelles avec le soleil, la lune et les étoiles! Essayer d’obtenir tout cela, maintenant, avec une autre personne – d’un autre système nerveux qui a la même forme que le nôtre – détruit continuellement nos relations, cela explose beaucoup de nos mariages, parce qu’ils ne peuvent pas résister à cette pression.

DJ: Cela me rappelle quelque chose que j’ai écrit dans mon livre «A Language Older Than Words:» L’une des grandes pertes que nous subissons dans cette prison de notre propre pays est l’effondrement de l’intimité avec les autres, le déchirement de la communauté, Retarder un morceau de papier jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la moindre ferraille. Poser nos besoins d’intimité et d’ecstasy – besoins comme nourriture, eau, acceptation – sur une seule espèce, sur une seule personne, sur la seule zone des organes génitaux joints, est une question de notre sexe. .

DA: En effet. Nos relations intimes deviennent de plus en plus fragiles. Nous nous tournons finalement vers notre amoureux et nous disons “Je me soucie vraiment de vous, chérie”, mais je ne me sens pas du tout satisfait. Je ne suis juste pas rencontré par vous de toutes les manières que je sens que je devrais être. “Bien sûr que non! Une autre personne ne peut pas nous rencontrer de toutes les manières que nous étions autrefois engagées par le monde de la respiration! Même un grand nombre de relations humaines ne peuvent pas compenser la perte de toute cette altérité plus qu’humaine, et c’est ce qui rend nos communautés humaines extrêmement fragiles et sujettes à la violence. Je ne pense pas que nous ayons une chance de guérir nos maux sociaux ou les multiples injustices que nous infligeons à diverses parties de la communauté humaine, sans renouveler l’éros sauvage entre nous et les environnements sensuels – sans “tomber amoureux “(Dans les mots sages de Robinson Jeffers) avec ce cosmos terrestre qui nous entoure.

Tant que nous continuerons à considérer la terre comme une toile de fond passive sur laquelle se déroulent nos projets humains, nous continuerons de nous éloigner de la nourriture dont la communauté humaine a le plus besoin pour prospérer et s’épanouir. Tant que nous ne serons pas en relation avec la terre environnante, nous ne serons pas en mesure d’exploiter les guides dont nous avons besoin des vieux chênes ou des pins ponderosa plus anciens qui entourent notre ville, des vents et des conditions météorologiques, de la montagnes et rivières. Beaucoup de ces êtres vivent à des échelles beaucoup plus vastes que les nôtres et peuvent donc nous offrir une réelle perspective et un sens de l’humilité. Nous avons simplement besoin de leurs directives sauvages. Chaque communauté humaine est imbriquée dans une communauté d’êtres plus que humaine. Tant que nous n’aurons pas remarqué cela, beaucoup de nos relations humaines resteront extrêmement fragiles et fragiles, et nous continuerons à nous claquer de frustration, à nous affronter avec des balles et des bombes.

Si vous avez vraiment besoin d’une relation saine et durable avec votre partenaire, installez-la avec une affection plus grande pour la terre locale, pour les créatures, les plantes et les éléments locaux. Cette affection tiendra et nourrira votre relation, la nourrira et vous permettra, à vous et à votre partenaire, d’être fluides les uns avec les autres.

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DJ: Vous avez déjà parlé de manière éloquente de ne pas avoir besoin de nouer de nouvelles relations, mais simplement de constater et de reconnaître les relations qui existent déjà. . . .

DA: Nous sommes de toute évidence déjà intégrés dans un réseau complexe de relations, à la fois avec notre propre genre et avec de nombreuses entités très différentes de nous. Comment alors est-ce que nous ne les remarquons pas, n’honorons pas nos relations avec les plantes et les animaux et toutes les autres présences élémentaires (sols, nuages ​​de pluie, rivières …) qui nous soutiennent et nous nourrissent? Ce ne peut être que parce que d’une manière ou d’une autre, nous sommes inconscients de cette couche directe et non médiatisée d’échanges charnels qui se poursuit toujours – parce que nous sommes inconscients du niveau physique de notre existence. C’est mon corps qui boit régulièrement de l’oxygène expiré par toutes les plantes vertes et en croissance, et mon corps qui expire le dioxyde de carbone que ces plantes utilisent régulièrement pour faire de la photosynthèse et s’épanouir. C’est ce corps, cette chair musclée qui repose en relation intime avec le tronc d’arbre sur lequel je suis assis. De marcher pieds nus dans le jardin ou d’errer à travers tous ces arroyos, mes orteils connaissent bien la vie et la texture du sol. Mais nous ne vivons plus la vie de notre corps. Nous vivons une vie d’abstractions, de cogitations mentales massivement influencées par tous les artefacts et signaux créés par l’homme. Nous réfléchissons sans cesse à nos propres réflexions. On nous a appris à ne pas faire confiance à nos sens et à notre expérience sensorielle directe. Les sens, qui sont notre accès animal le plus instinctif au monde – nos yeux, nos oreilles, notre langue, nos narines – ces organes magiques nous ouvrent directement sur le champ plus qu’humain! Pourtant, on nous a appris à ne faire confiance à aucun de ces pouvoirs; on nous dit que les sens mentent, on apprend à l’école que les sens sont trompeurs.

Que nous disent nos sens? Je sors à l’aube, traverse l’arroyo et je vois de mes yeux le soleil qui se lève des monts Sangré de Cristo, et le soir je le vois descendre dans les lointaines montagnes de Jemez. Et puis je regarde la lune se faire éclore à partir du Sangrés, en traversant le ciel, puis la voir glisser dans le sol, loin à l’ouest. Mais à l’école, on m’a dit: “Non, non, non, non, non! Le soleil ne bouge pas vraiment du tout! C’est la terre qui bouge. Ne vous fiez pas à vos sens. Le soleil ne se lève pas et se couche. La vérité est que c’est la terre qui tourne. “

C’est suffisant. Mais avons-nous vraiment besoin de dénigrer notre expérience sensorielle de cette manière? Il y a sûrement aussi une vérité à notre expérience plus spontanée du lever et du coucher du soleil. Je veux dire, tout le monde dit encore que «le soleil se lève» et «le soleil se couche», qu’il s’agisse de scientifiques ou de fermiers. Tant de cultures indigènes parlent de la façon dont le soleil, après être descendu dans la terre occidentale chaque soir, voyage toute la nuit à travers le sol en allant vers l’est et comment le soleil nourrit la terre profonde avec son vie ardente, semant les profondeurs avec les multiples plantes qui jailliront plus tard de la surface de la terre. C’est une histoire qui honore notre expérience directe. Il y a une vérité profonde dans l’expérience spontanée des choses du corps, une vérité qui sous-tend et soutient secrètement les idées les plus abstraites et les plus rationnelles que nous y érigeons. C’est une vérité que nous ne devons pas laisser de côté lorsque nous enseignons la cosmologie moderne «plus sophistiquée». Nous devrions plutôt montrer comment la nouvelle vision se dégage de cette expérience plus ancienne et plus primordiale qui n’a en fait jamais été perdue – à savoir que ces différentes couches de notre rencontre avec le monde sont différentes couches d’interprétation. Tout comme un texte a différents niveaux d’interprétation, le monde aussi. Et chaque couche ou levier implique un autre type de prise de conscience.

Néanmoins, depuis Copernic et Galilée et leur grande intuition, nous avons tous appris à nous méfier de nos sens. Nous accordons généralement beaucoup plus d’attention à ce que les experts nous disent qu’à ce que nous pouvons apprendre avec nos propres sens. Nous avons séparé nos esprits de raisonnement de nos corps sensibles. Pour acheter la vision du monde copernicienne, il semblerait que nous devions accepter cette scission, tenir nos pensées en dehors de la vie sensuelle et sensible du corps. Mais quel grand mal est fait – nous avons oublié notre solidarité instinctive et corporelle avec la terre qui respire.

Après tout, nous savons maintenant que le soleil aussi est en mouvement et que même les étoiles “fixes” se séparent rapidement – en effet, tous les corps célestes sont en mouvement les uns par rapport aux autres. Par conséquent, cela semble être un choix arbitraire où l’on choisit de stabiliser sa perspective. Mais puisque nous nous trouvons ici, sur cette terre, il est peut-être tout aussi logique de considérer la terre comme le centre stable de notre monde (reconnaître le sol comme le fondement même de notre réalité) que de considérer le Soleil comme le centre immobile.

DJ: Cela me rappelle la ligne Groucho Marx quand il a été pris dans un mensonge évident: “Qui vas-tu croire, toi ou tes propres yeux?”

DA: Je suis intéressé à aider les gens à apprendre à penser avec leurs sens, à respecter leur expérience directe du monde. Bien sûr, les sens révèlent un monde ambigu et ouvert, et en regardant de plus près ou en écoutant plus attentivement, nous découvrirons toujours de nouvelles choses. Mais si vous ne faites pas confiance à l’intelligence de vos sens, alors qu’est-ce que vous allez faire confiance? Vous devrez faire confiance aux soi-disant experts pour vous dire ce qui se passe réellement dans les coulisses. C’est un peu comme la situation d’une église ou d’un temple qui vous dit: «La vraie vérité n’est pas là mais se trouve dans cette dimension céleste cachée au-delà des étoiles et seuls nos grands prêtres ont accès à ce royaume invisible. “Telle est la situation dans laquelle nous sommes, aujourd’hui, lorsque nous négligeons notre expérience sensorielle directe des choses. Je veux dire, pas étonnant que ce soit si difficile de mobiliser les gens au nom des espèces en voie de disparition, des rivières en déclin, ou de la vie en difficulté des terres qui les entourent! Pas étonnant que la terre environnante ne soit qu’une préoccupation périphérique pour la plupart des gens! Parce que le vrai mystère, nous l’avons entendu, est ailleurs; la vraie source est quelque part en dehors de ce domaine que nos sens expérimentent. Ainsi, nos physiciens disent que la source profonde et la vérité des choses sont cachées dans le monde subatomique. Les biologistes moléculaires disent que c’est dans la dimension ultra-microscopique des paires de bases d’ADN et des séquences de gènes que réside la véritable source de vie et de comportement. Mais bien sûr, les neurobiologistes disent que la cause profonde de notre comportement se trouve dans la structure neuronale cachée dans le cerveau.

Chacune de ces dimensions semble contenir la vérité ou la cause profonde du monde que nous éprouvons, et pourtant nous n’avons pas directement accès à ces dimensions; il faut une instrumentation très sophistiquée, des microscopes et des cyclotrons de très grande puissance pour les atteindre. Et nous prenons notre vérité des experts avec les instruments (ceux avec le financement massif nécessaire pour construire ou acquérir de tels instruments), et nous renonçons à notre propre pouvoir démocratique, à notre propre accès sensoriel immédiat au réel. Peut-être avons-nous entendu dire que la source et la vérité les plus profondes se trouvent dans la rupture des symétries initiales du Big Bang – une autre dimension que la plupart d’entre nous n’ont aucun moyen de voir directement: vous avez besoin de télescopes orbitaux massifs pour gagner une entrée provisoire dans ce domaine, bien au-delà de notre expérience directe. La vérité est toujours cachée ailleurs pour une culture qui a abandonné les preuves de ses propres sens.

Je veux dire, Heck: toutes ces enquêtes sur d’autres dimensions sont très élégantes et parfois même quelque peu utiles, mais dans notre désir de vérité avec un capital, nous perdons notre responsabilité à l’échelle à laquelle nous vivons, dans ce monde ambigu et florissant. ça respire tout autour de nous. Nous nous cachons de la vérité la plus scandaleuse et la plus mystérieuse de toutes, à savoir notre immersion continue dans ce réseau de relations extravagant avec tous ces êtres sauvages, qui demandent tous notre conscience et notre humble respect.

Pour tous nos rêves d’une certitude finale, après trois siècles de science, la seule chose dont nous pouvons être certains est le monde qui nous est révélé par notre expérience sensorielle directe. Je soupçonne que tout ce que nous pouvons réellement atteindre, avec humilité et humour, est une relation plus riche, une réciprocité plus profonde avec les personnes, les êtres et les éléments qui nous entourent et qui composent – avec nous – notre monde.

Nous l’avons donc fait en arrière. Le monde sensuel qui nous entoure est la source secrète dans laquelle toutes ces autres dimensions – subatomiques, galactiques et neuronales – sont secrètement enracinées. De la même manière, nous pourrions penser que tous nos cieux et enfers religieux sont nés secrètement du monde de notre expérience directe, avec ses propres êtres ailés et ses pouvoirs relevés et cornus. Le monde sensuel est toujours local. Ce n’est pas, pour moi, ce qui se passe dans une autre galaxie, ni même ce qui se passe au Sénégal ou en Sibérie en ce moment. C’est ce terrain que j’habite. Ce bassin versant du Rio Grande, avec ces créatures particulières qui aiment se balader autour de ces plantes qui s’enracinent dans ces sols. Ces genévriers et ponderosas et pins pinons. Et ce corbeau criant au fil du téléphone, et les lézards et les crapauds qui hantent ce terrain, et les coyotes qui hurlent dans les arroyos, et le bleu vif de ces cieux du désert, et les tons rougeâtres de ces rochers. Ceci est mon univers local. C’est le cosmos primaire pour moi. Le monde sensuel est toujours local et ce n’est jamais un monde simplement humain. Il n’y a aucun aspect du monde sensuel qui soit exclusivement humain – puisque même au dernier étage d’un gratte-ciel de la ville, je respirerais encore de l’air qui a été expiré par les plantes vertes autour de la ville; et je serais encore sous l’influence de la gravité, du mystérieux dessin de mon corps vers le cœur de la terre.

DJ: Vous avez un peu parlé de l’alphabet et de la manière dont l’écriture nous a permis de négliger, de considérer comme secondaire et dérivé, le monde sensuel et plus qu’humain. Aujourd’hui, l’ordinateur nous éloigne encore plus de nos sens. Il me semble que l’alphabétisation pourrait s’évanouir avant de retrouver la terre sensuelle et la primauté du lieu.

DA: En fait, je ne le pense pas. Je ne pense pas que nous devrions imaginer se débarrasser de l’écriture ou de l’alphabétisation – ce qui, comme je l’ai suggéré, est une magie merveilleuse. Nous n’allons certainement pas nous débarrasser de l’ordinateur et de ses réseaux numériques, qui se multiplient tout autour de nous.

DJ: Je ne pense pas que nous allons nous en débarrasser, mais la civilisation s’effondrera.

DA: Je ne compte pas là-dessus. Il me semble cependant que les seules cultures manifestant la primauté du lieu – les seules cultures profondément enracinées dans ce monde terrestre, informées par les lieux particuliers qu’elles habitent (vivent convenablement à leur place et s’approprient par leur place) – sont cultures orales traditionnellement autochtones. Il y a quelque chose dans la culture orale qui est intrinsèquement sensuelle et locale.

Pendant ce temps, l’alphabétisation alphabétique semble être intrinsèquement cosmopolite. L’écriture a apporté de grands cadeaux, la vivacité cosmopolite de l’Europe du dernier millénaire et le plaisir des villes, le bouillonnement de New York ou de San Francisco, et la vivacité de toutes ces cultures passionnantes convergeant de tous ces endroits, et se nourrissent mutuellement et échangent des possibilités les uns avec les autres. Pour tous ses problèmes, la culture lettrée est vraiment délicieuse.

Bien entendu, l’ordinateur nous éloigne encore plus de notre corps et de notre expérience sensorielle directe. L’ordinateur semble être en train de globaliser la technologie. Lorsque je me connecte à l’ordinateur, il semble que j’oublie complètement mon corps, engagé de manière cognitive dans cette dimension abstraite où je pourrais dialoguer avec une personne en Chine aussi facilement qu’avec une personne sur un ordinateur portable dans la pièce voisine.

Mais je ne suis pas intéressé par le décryptage de l’ordinateur. Je ne suis certainement pas intéressé par l’alphabétisation avilissante ou diabolique. Mais la culture globalisante de l’informatique et la culture cosmopolite du livre ne commenceront à avoir un sens que si elles sont enracinées dans une culture orale florissante d’interactions directes sans intermédiaire au sein de la communauté locale. Ce n’est qu’alors que les ordinateurs et même les livres commenceront vraiment à nous nourrir d’une manière plus bienveillante que destructive. Les cultures orales sont nécessairement des cultures de contes, qui sont inévitablement des cultures basées sur le lieu, car les histoires qui se développent et vivent dans cette vallée seront très différentes de celles racontées de l’autre côté de cette chaîne de montagnes. Rajeunir la primauté du monde sensuel – renouveler notre solidarité avec le lieu plus qu’humain – ne pourra se faire qu’en rajeunissant la culture orale. Face à face, la narration et toutes les choses qui vont avec. Rituels, festivals communautaires, initiations collectives et cordiales des jeunes hommes par les hommes plus âgés et des jeunes femmes par les femmes âgées, célébrations communautaires honorant les changements saisonniers.

DJ: Je suis d ‘accord, sauf que je ne pense pas que nous soyons assez sages et que nous ne sommes peut – être pas capables d’ être assez sages pour écrire et pour écouter le monde naturel. Je ne crois pas que nous ayons la sagesse d’avoir des ordinateurs sans qu’ils détruisent les cultures locales.

DA: Eh bien, je n’en sais rien. Il semble que si nous voulons être en mesure de communiquer avec nos jeunes frères et sœurs, nous devons être en mesure de dire oui aux choses qu’ils trouvent passionnantes et inspirantes, à certaines des technologies qui les activent. Nous devons pouvoir dire: «Oui, c’est cool. C’est une partie de l’histoire. “

DJ: Je ne suis pas en désaccord. En fait, il y a un jeu de baseball basé sur des statistiques auquel je joue avec des gens du monde entier. C’est marrant. Cela ne change rien au fait que je ne pense pas que nous soyons assez sages et que je ne pense pas que les ordinateurs seront là dans cinq cents ans.

DA: Penses-tu que nous serons dans cinq cents ans?

Le fait est que nous ne devons pas être assez sages. Il s’agit plus de réaliser que la sagesse, ou l’intelligence, n’a jamais été la nôtre au départ. Le mental n’est pas une propriété humaine: c’est une qualité de la Terre. Alors que nous commençons à nous détendre, à laisser la vie des choses autour de nous et à parler en conséquence, nous commençons à remarquer que cette conscience que nous pensions être la nôtre ne nous appartient pas vraiment. C’est la terre qui est vraiment intelligente, pas l’homme à part. Avec les autres animaux, les plantes et les nuages ​​à la dérive, nous sommes physiquement immergés dans l’esprit de ce monde vivant.

Nous n’avons peut-être pas besoin de devenir extrêmement intelligents ou sages. Nous devons simplement nous ouvrir, une fois de plus, au monde vivant, en apprenant ses subtilités et ses modèles. Bien sûr, chaque pays a son propre style de conscience. L’intelligence de cette terre, ici dans cette vallée, est assez différente de l’intelligence salée du Puget Sound, qui est assez différente de l’esprit sauvage des forêts de l’est. Chaque lieu a son propre style de conscience, sa propre sagesse. Si nous, les humains, sommes toujours là à la fin du XXIe siècle, ce sera probablement parce que nous trouvons enfin une nouvelle humilité, une nouvelle réciprocité avec la terre animée.

DJ: Beaucoup de mes amis écologistes disent qu’à mesure que les choses deviennent de plus en plus chaotiques, ils veulent s’assurer que certaines portes restent ouvertes. Si les grizzlis sont encore en vie dans cinquante ans, cette porte est toujours ouverte. Ce que je vous entends dire, c’est que la porte du corps est l’une des portes que vous aimeriez garder. . .

DA: Tant de gens ont un sens du monde aussi irréel, aussi secondaire que quelque chose d’éphémère. Nous souffrons tous d’une confusion des mondes, puisque nous avons donné beaucoup plus de poids aux abstractions – que ce soient les vérités abstraites proposées par beaucoup de nos collègues scientifiques ou les certitudes spirituelles désincarnées proposées par tant d’enseignements nouveaux – que nous monde beaucoup plus ambigu, difficile et dangereux que nous vivons face à face, ici et maintenant, dans la chair.

La terre animée qui nous entoure est beaucoup plus belle que tout paradis que nous pouvons imaginer. Mais si nous voulons nous éveiller à sa richesse, nous devons renoncer à notre perspective détachée et à celle du spectateur, et à l’illusion de contrôle qu’elle nous donne. C’est un geste terrifiant pour la plupart des gens sur-civilisés aujourd’hui, car renoncer au contrôle signifie que nous sommes vraiment vulnérables: à la perte, à la maladie et à la mort. Pourtant, ils sont également vulnérables à l’émerveillement et à la joie inattendue.

Malgré sa beauté époustouflante, cette terre n’est guère sûre. il est rempli d’incertitudes et d’ombres – avec des êtres qui peuvent nous manger et, finalement, le feront. Je suppose que c’est pour cette raison que la civilisation contemporaine semble si terrifiée de laisser échapper la prétention de voir de l’extérieur, le tour de Dieu, la croyance étrange que nous pouvons maîtriser et gérer la terre.

Mais nous ne pouvons pas le maîtriser – jamais, jamais. Ce que nous pouvons faire, c’est participer plus profondément, avec respect et créativité à la vie multiple de ce mystère respiratoire dont nous faisons partie.

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Stop&Skate Impro #1

Le skate, cet art de vivre au quotidien, simplement, paisiblement.

L’observation sur la planche te déhanche

Que m’expliques-tu ?

Joyaux africains, étoiles, étoile ma vie, sans souci, de rien je m’abrite et hop;,

Je t’envole, mon intestin développe, hop ton cousin s’accroche a ton sein, tao t’es , choix s’envelope,

Jackpot crock mon pote big up a tes potes vois le mic qui

Qui sait que je m’emporte, j’entretiens la terre , je respire et j ’emmène.

Ahhh c’est le même. Bakaiiiiii, Naka hiiii, ya ka IIIIIIIIIII.

Boulikiaaaaa Bilaki hiihi Bilakou Bilakhji

Initiation à la greffe et au potager pérenne, Big up !

Durant la semaine du 13 au 19 août PermaBen souhaite organiser une initiation à la greffe au jardin partagé d’Ô Jardins d’Or à Saint Didier au mont d’Or. Une initiation à la régénération des potagers conclura le week-end en beauté.

La greffe est l’art de multiplier des variétés rustiques dans votre jardin ou en pleine forêt. Au greffoir ou à la pince manuelle (, cette pratique magique est accessible à tous. On s’ouvre au vivant et aux autres.

Tarif 2h30 en semaine : 25€
Tarif week-end : 100€
Tarif journée : 50€

Inscrivez vous sur le Framapad https://framadate.org/yvtkrlN62tJ5rBeL

BarrBenjamin@protonmail.com

Vieux souvenirs

Le résultat de l’humanité

Est en toi

Pourquoi te soucis tu des guerres et des attentats ?

Quand c’est toi qui ne t’en passe pas.

Libère tes pulsions et tes instinct.

Mais fait attention à tes choix

Car tout ça ne fait qu’un.

Et la fragmentation me noie.

Joie réelle viens je t’en supplie

Jamais je ne me plie

A tes mémoires engourdies

Dans mon cerveau, applaudis.